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Le culte de la performance

Bonjour bonjour ! C’est le coeur un peu lourd que je vous écris un article d’un genre un peu différent de d’habitude. J’aimerai vous parlez de quelque chose qui me pèse beaucoup, et qui est fortement lié à mon manque de confiance en moi.

Voyez-vous, je suis ce qu’on appelle une perfectionniste. Je me refuse toute erreur, toute médiocrité, toute performance en dessous de la moyenne ou même dans la moyenne. Récemment j’ai été refusée aux deux écoles que j’ai demandées et on me demande encore de prouver ma valeur pour rentrer en fac après deux ans de travail intensif en classe prépa, et je le vis très mal. Je le vis mal car je prends ces échecs comme preuve de ma valeur en tant qu’individu. Et, en réalité, la peur de l’échec guide ma vie et ma confiance en moi. J’ai peur de décevoir mais j’ai surtout peur de me décevoir.

Ainsi, alors que ce soir je me sens mal à cause de ça (pour une bête histoire de permis d’ailleurs) je vais essayer de vous parler de cette chose que je trouve très nocive dans notre société : le culte de la performance. 

Aujourd’hui, nos réussites définissent majoritairement notre place et notre valeur en tant qu’individu aux yeux de la société et des autres personnes. Nos notes à l’école, le prestige de notre parcours, notre métier, notre pratique d’un instrument, notre patrimoine financier….etc. Tout est soumis au scanner de la performance qui détermine si oui ou non, nous sommes dignes de félicitations et de louanges, dignes d’interêt et de valeur.

Mais d’un autre côté on encourage l’humilité : il ne faut pas trop se vanter, pas trop être fier•es de ce que l’on est, de ce que l’on a accompli, toujours essayer de faire mieux ou au moins aussi bien pour prouver que l’on est méritant•e. Etre fier•e de soi est mal vu car perçu comme de l’arrogance ou de l’orgueil. Mais d’un autre côté on nous encourage à « avoir confiance en nous », « être optimiste », « ne pas partir défaitiste ». Ces deux injonctions contradictoires nous sont constamment renvoyées à la figure comme les attributs de l’individu parfait, qui a confiance en soi, mais qui ne l’ouvre pas trop, qui réussit sans le crier sur tous les toits. On nous demande à la fois de réussir, mais de ne pas trop le montrer. D’avoir confiance mais de ne pas se reposer sur nos acquis.
C’est comme ça que l’on construit des individus insatisfaits d’eux-mêmes, toujours à la recherche de mieux, de plus de reconnaissance, chaque fois insuffisante.

Et je ne vous parle même pas du rapport entre le capitalisme et ce culte de la performance, qui classe la valeur et le mérite d’un individu en fonction de ses performances au travail et de son « utilité » à la société. On considère les chômeurs comme des ratés car ils ne participent pas à l’effort, qu’ils ne produisent rien, qu’ils ne sont pas performants. Certains considèrent même qu’on ne devraient pas les aider, que les inaptes au travail devraient être abandonnés.

Et moi, je suis fatiguée de tout ça, fatiguée de voir ma valeur définie par ce que j’accomplis dans ma vie. Fatiguée de ne pas pouvoir me dire « j’ai quand même fait 2 ans de prépa, et même si je n’ai pas réussi mes concours, ce n’est pas rien » sans immédiatement avoir une petite voix qui me dit « oui mais regarde tout ce que tu n’as pas accompli, regarde comme ce n’est rien ». J’aimerai me définir autrement que par ce que j’ai réussi ou par ce que je fais comme étude, comme travail. Plutôt que de me demander ce que je fais dans la vie ou si j’ai réussi mes concours comme si c’étaient les choses les plus importantes à savoir sur moi, j’aimerai qu’on me demande ce que j’aime faire dans ma vie, quel est le dernier livre que j’ai lu, si je suis heureuse…

(Re)Prendre confiance en soi est un chemin qui n’est pas facile face à ce constant culte de la performance, il faut prendre conscience de sa valeur à travers autre chose que nos réussites ou nos échecs. Se dire que sa passion pour la cuisine, pour l’écriture, pour le dessin, pour la chant, pour la photographie ou peu importe, sont des choses qui nous définissent aussi, même si on les fait « mal » ou pas suffisamment bien à notre goût. Qu’un individu n’a pas de « valeur », iel est lui/elle-même avec ses qualités et ses défauts. Et si l’on a besoin de réussites pour se sentir bien, alors il ne faut pas hésiter à être fier•es de chacun de nos accomplissements, même si ce n’est que réussir à se lever le matin alors que l’on avait pas envie, avoir fait un plat appétissant et délicieux, ou juste avoir fait un plat si la cuisine n’est pas votre fort, avoir passé un niveau difficile dans un jeu vidéo. Tout peut être sujet à fierté, et je pense qu’il ne faut pas se priver d’être fier•es de soi-même, y compris pour des choses qui peuvent paraître insignifiantes.

Après ces belles paroles, il ne reste plus qu’à les appliquer à moi-même, ce qui reste la partie la plus difficile ! :p


Vous aussi vous en avez marre d’être défini•es par vos performances et vos réussites ? Vous avez du mal à avoir confiance en vous à cause de ça ? Dites-le moi dans les commentaires que l’on partage nos difficultés ! 

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Hylfee

 

 

 

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Un commentaire sur “Le culte de la performance

  1. Merci pour cet article, il fait chaud au cœur.

    Je m’y suis reconnue dedans, et pour cause : je suis actuellement chômeuse, donc inutile aux yeux de notre société.
    Pourtant, je ne fais pas rien de mes journées : je m’informe, je me cultive, j’écris, je bâtis un monde, et parfois j’en profite aussi pour voir des gens et mettre mes compétences au services de leurs besoins, comme ça, parce que je considère que donner un coup de main, ça ne devrait pas être payant.
    Tout tourne autour de l’argent, l’argent et encore l’argent. Je préfère dépanner un ami et avoir son sourire pour salaire que de recevoir de l’argent pour faire quelque chose que je n’aime pas faire, et où je passe mon temps, en tant que femme, à me faire rabaisser parce que je ne suis pas un homme, je n’ai pas d’expérience (professionnelle), je suis gentille (par gentille, j’entends serviable et plutôt bienveillante).
    Alors oui, je ne travaille pas, et ce que je fais de mon temps donne des résultats, quoi qu’en pensent les gens (qui travaillent et critiquent ceux qui ne sont pas dans leur cas). On attend de moi, en tant que « personne qui a du temps libre », que je sois performante, moi aussi ! Je me dois, en tant que non employée, d’être efficace, moi aussi ! Et honnêtement, ça me gonfle. Ca ne m’aide en aucun cas à avoir confiance en moi.
    Moi aussi, j’aimerais beaucoup, quand je croise des gens que je connais, des amis, de la famille, ne pas avoir pour conversation : « Hey ! Tu fais quoi maintenant ? », sous-entendu « comme travail, comme activité », parce que le nombre de personnes à qui je peux dire : « Ben en fait, j’écris un roman en ce moment. Ca ne m’apporte pas de salaire (pour l’instant), mais ça me plaît, et j’en ai besoin. De plus, j’ai les moyens de le faire actuellement et j’aimerais m’y mettre avant de ne plus avoir l’énergie physique et mentale de le faire (c’est à dire quand je serai vieille et épuisée par la vie) » est très limité, même au sein de ma famille ou de mes amis.
    A cause de ce culte de la performance, les activités artistiques et culturelles sont perçues comme inutiles. Du coup, toutes celles et ceux qui souhaiteraient faire de ces activités leur métier y renoncent bien souvent, parce que ça ne nourrit pas. C’est très prosaïque comme réflexion, mais beaucoup de personnes ont une activité rémunérée non par passion, mais par nécessité, par la nécessité de gagner de l’argent pour pouvoir vivre, pour avoir un toit où dormir, pour pouvoir se vêtir, pour pouvoir manger et se laver, pour pouvoir s’occuper correctement de leurs enfants, ou de leurs parents.
    Pour en revenir aux activités artistiques et culturelles, le culte de la performance leur est particulièrement nuisible, car pour la plupart des gens, ces activités ne consistent qu’à « brasser du vent ». En gros, on ne produit rien, ça prend beaucoup de temps pour pas beaucoup de rentabilité, donc ça ne sert à rien (je grossis le trait, mais ça n’est pas si éloigné des pensées de beaucoup de personnes). Du coup, parmi les personnes précaires, on retrouve les artistes et les personnes qui bossent dans le milieu culturel. Et ces personnes-là, on les traite de fainéants, de profiteurs, alors qu’ils effectuent un travail énorme. Et à cause de ce culte de la performance, leur travail est raillé et déprécié.
    C’est dommage, car ces personnes-là fabriquent du rêve, et du rêve, aujourd’hui, on en a bien besoin.

    Aimé par 1 personne

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