Féminisme

« Le féminisme est un humanisme » et autres « male tears »

Bonjour bonjour ! Il y a quelques jours j’ai eu une discussion avec un ami sur Facebook suite à mon partage de l’album de la dessinatrice Emma sur l’attente et d’un article du nouvel obs que je critiquais. Le débat a très vite viré sur le féminisme et notamment sur le fait que les féministes disent « les hommes » pour dénoncer les comportements majoritairement adoptés par ces derniers. Il s’est offusqué du fait que le féministe généralisait et mettait tous les hommes dans le même sac (un bel exemple de #notallmen) et m’a sorti une phrase qui m’a marquée : « le féminisme est un humanisme ».

Il entendait par là que tous les êtres humains étaient égaux et ne devaient pas être considéré.es séparemment, qu’il fallait cesser de toujours opposer hommes/femmes, blancs/racisé.es, hétéros/LGBTQ…etc.

J’aimerai vous montrer à quel point cette affirmation est fausse. Elle dépolitise totalement la lutte féministe (et toutes les autres) et n’offre aucun moyen de lutte pour faire face aux oppressions que les opprimé.es subissent. De plus, c’est bien parce qu’il occupe une position dominante et privilégiée qu’il peut se permettre de penser ainsi.

Autant vous dire que je suis un peu remontée !

Le féminisme s’appelle féminisme et non égalitarisme ou humanisme, pour une bonne raison

Notre société occidentale, et ce depuis la nuit des temps (j’exagère à peine), est une société patriarcale, où les hommes ont l’ascendant et le pouvoir sur les femmes. Ainsi, les femmes subissent ce qu’on appelle une oppression systémique : le système en lui-même, la société, ne leur permettent pas d’être l’égales des hommes et leur imposent des discriminations qui peuvent prendre plusieurs formes : viols, féminicides, harcèlement sexuel, violences conjugales, plafond de verre…etc, jusqu’au manspreading et la taille plus petite des poches de jeans. Toutes ces discriminations sont les conséquences directes de la même oppression sexiste imposée par la société patriarcale.

(Attention, disclaimer : je ne dis pas que les hommes ne peuvent pas subir de viols ou de violences. Simplement, il est avéré que les femmes sont les principales victimes de violences conjugales et de viol. Le viol des hommes n’est pas moins grave, mais il découle de la même chose que le viol des femmes : la masculinité toxique imposée par la société patriarcale, car rappelons que les hommes sont aussi majoritairement violés par des hommes)

C’est pour faire disparaître ces inégalités et ces discriminations que les féministes se battent. Le nom même du féminisme, qui contient la racine « femme », vise à indiquer quelles sont les personnes défendu.es par ce mouvement et qui sont les victimes de la société patriarcale. Le mouvement féministe est un mouvement politique et il vise à la lutte sociale pour revendiquer des droits pour les femmes.

C’est en cela que le mot « féminisme » est important, il montre que ce sont les femmes qui sont opprimées par le système et que le mouvement vise à la défense de leurs droits. Utiliser les mots « humanisme » ou « égalitarisme » ne montre rien de tout ça, ils ne sont que de vastes mots fourre-tout qui ne désignent rien sauf de vagues idées abstraites.

Je tiens cependant à préciser qu’il n’existe pas UN féminisme, et qu’il existe de nombreuses théories et manières de lutter différentes au sein du féminisme. Je vais ici parler du féminisme auquel j’adhère et qui me semble le plus concret et efficace : le féminisme matérialiste. Le féminisme matérialiste s’attache aux oppressions réelles vécues par les femmes et se base sur les sciences sociales et notamment la sociologie pour orienter son action le plus efficacement possible.

Pourquoi sépare-t-on en deux groupes « les hommes » et « les femmes » ?

Comme je l’ai dit, les femmes subissent une oppression systémique. On parle donc de la position sociale des femmes dans une société donnée. Ce sont les sciences sociales et notamment la sociologie qui permettent d’étudier cette oppression subie par les femmes, ses causes, ses conséquences. Ainsi, on distingue les groupes sociaux « hommes » et « femmes » pour théoriser les comportements, privilèges et discriminations de chacun de ces deux groupes. Au sein même de chaque groupe, d’autres groupes peuvent être distingués : femmes précaires, femmes noires, femmes transgenres…etc qui auront aussi une place sociale différente.

Donc, lorsque qu’une féministe, comme c’est le cas d’Emma dans sa BD, parle des « hommes », elle ne désigne pas chaque homme individuellement en leur imputant tous la faute du comportement sexiste qu’elle cherche à dénoncer, mais elle dénonce une tendance majoritaire qui concerne les groupes « hommes » et « femmes ».

En soi, l’idée de ne pas séparer les hommes et les femmes parce qu’on est tous égaux, tous humains et tous pareils n’est pas une si mauvaise idée. Ce serait même un idéal à atteindre que de ne plus faire la différence dans la société entre hommes et femmes. Sauf que cette séparation existe dans la réalité, hommes et femmes ont des conditions de vie différentes et sont traité.es de manière différente par la société : les femmes sont victimes de la société patriarcale. Il faut d’abord combattre cette oppression, en la comprenant (étudier les différences sociales entre hommes et femmes) et en la dénonçant (et inévitablement désigner ces classes sociales).

Il est donc nécessaire pour la lutte féministe de désigner ces groupes sociaux pour pouvoir dénoncer l’oppression sexiste, car oui, dans la réalité, l’oppression est bien faite par les hommes sur les femmes. On ne les sépare pas pour le plaisir de se distinguer des hommes, de créer et séparer des catégories, mais cette distinction a un vrai intérêt militant. Il ne s’agit pas « d’essentialisation » comme cette personne me l’a reproché mais d’une distinction sociale

Et le ressenti des hommes alors ?

Un des arguments avancés était que je ne prenais pas en compte le ressenti des hommes qui souffraient du fait que je les désigne sous un même terme alors qu’eux-mêmes ne sont pas sexistes, font les tâches ménagères…etc, etc (et ça peut marcher pour tout : « oui mais vous dites que les hommes sont des violeurs potentiels mais moi j’ai jamais violé personne »).

Je vais le dire clairement : je m’en fous, et pas qu’un peu. C’est ce qu’on appelle dans le jargon féministe des « male tears » et c’est assez risible.

Cette personne mettait sur le même plan un homme vexé et des femmes victimes d’oppression systémique DONC de viols, de violence, de discriminations salariales…etc. Je me demande comment on peut décemment mettre ces deux choses sur un même plan et considérer que dire « les hommes » est une SOUFFRANCE pour un homme. Cela peut être une petite contrariété, ok, pourquoi pas, mais elle sera vite oubliée et n’impactera pas le reste de sa vie contrairement à une différence de salaire ou un traumatisme lié à un viol.

Je préfère vexer 100 hommes dans ma lutte féministe pour aider 100 femmes victimes de vraies violences, que de me retenir de dénoncer un comportement et une réalité sociale sexistes.

Dans l’article du nouvel Obs, des témoignages d’hommes sont récoltés. Ils revendiquent le fait de faire les tâches ménagères, d’assumer une partie de la charge mentale et sont offusqués de se voir ranger dans « les hommes » lorsque les femmes dénoncent le déséquilibre dans les tâches ménagères et la charge mentale. Si ces hommes étaient réellement féministes et étaient si concernés par le partage des tâches ménagères parce qu’ils auraient compris les enjeux féministes derrière, ils n’auraient pas besoin de le revendiquer si fort. Ils considéreraient cette situation comme normale et ne chercheraient pas à avoir de la reconnaissance pour leurs actions (puisque c’est bien ce qu’ils cherchent en voulant à tout prix affirmer qu’ils ne sont pas comme les autres hommes sexistes). Perdu les gars, ce comportement EST sexiste.

Et personnellement, je n’ai pas que ça à faire de distribuer des cookies aux hommes qui veulent de la reconnaissance pour le simple fait d’être des personnes décentes.

Le féminisme est une question de survie

Ainsi, si cette personne peut se permettre de préférer adhérer à une théorie abstraite « d’humanisme » qui ne permet pas de lutter et faire disparaître efficacement les discriminations, c’est bien parce que cette personne n’est pas concerné par la chose, étant un homme. Il est donc…tadatataaaam : privilégié. Il ne connaît pas les situations que nous femmes vivons, il n’a pas l’expérience de notre position sociale, il ne sent pas l’urgence et le danger que représente notre position sociale.

En effet, la société rappelle chaque jour à une femme qu’elle est femme et qu’elle ne mérite pas les mêmes privilèges qu’un homme. Même si une femme veut oublier qu’elle est une femme et se considérer comme « humaine », la société ne la laisse pas oublier.

La condition sociale « femme » implique une véritable urgence qu’on ne peut oublier : 1 femmes sur 5 sera victime d’agression sexuelle dans sa vie, 96% des victimes de viols sont des femmes, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint, une femme gagne en moyenne 24% de moins que les hommes et est généralement plus précaire, 100% des femmes ont subi du harcèlement dans les transports…etc…etc et la liste est longue (je vous laisse lire cet article du Monde qui en liste d’autres).

Le féminisme est un besoin vital pour les femmes, et même si toutes n’en ont pas conscience (et je ne les blâme pas), il y a une véritable urgence quotidienne à combattre le sexisme. Le féminisme permet de définir des moyens concrets d’actions et de dénoncer des situations concrètes. En cela, c’est le mouvement politique le plus efficace pour dénoncer et lutter contre la société patriarcale.

Parler « d’humanisme » n’offre aucune solution, cela ne pose qu’un idéal abstrait sans moyens de lutte concrets. Alors désolée, mais je resterai féministe à la vie à la mort, je continuerai de dénoncer les comportements des hommes autant qu’il le faudra !

Pourquoi il faut arrêter de critiquer les féministes sur l’emploi de l’expression « les hommes » ?

Déjà parce que tout le temps que nous passons à vous expliquer en quoi c’est une mauvaise chose, nous ne le passons pas à discuter entre nous des moyens de lutter plus efficacement ou d’une théorie féministe plus pointue et concrète. Ce temps, c’est du temps perdu pour améliorer la condition des femmes, pendant que l’on rassure et épargne les égos d’hommes blessés, et ça pompe surtout pas mal d’énergie.

Reprocher aux féministes de faire des généralisations, utiliser les mauvais termes, utiliser des termes blessants, d’être agressives…etc est en fait ce qu’on appelle du « tone policing », soit repocher à son interlocuteur les mots ou ton qu’il utilise plutôt que de discuter réellement sur le fond du problème. Le « tone policing » est souvent utilisé pour faire taire les opprimé.es qui revendiquent leurs droits de manière parfois vive voire violente (alors qu’ils sont en droit de le faire et parfaitement légitimes). C’est par exemple le fait que les médias se concentrent sur les casseurs et les violences faites aux policiers lors de manifestation pour pointer du doigt la violence des manifestants plutôt que de se concentrer sur leur revendications. Cela consiste à délégitimer des revendications par la manière dont elles sont exprimées. Et soyons d’accord : c’est surtout un moyen pour éviter d’accéder à ces revendications.


Cet article vous a-t-il aidé à mieux comprendre le féminisme et l’utilité du mot féminisme ? Avez-vous aussi eu à faire à ce genre de personnes qui revendiquaient « l’égalitarisme » ? N’hésitez pas à me confier vos expériences sur le sujet ! Et si vous voulez des précisions ou plus d’explications, n’hésitez pas non plus 🙂 

Pour être au courant de la publication des prochains articles n’hésitez pas à me suivre sur Twitter : Fragments d’Hylfee, sur mon profil Hellocoton Fragment d’Hylfee ou à vous abonner sur WordPress avec le bouton en haut à gauche !

Hylfee

 

 

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6 commentaires sur “« Le féminisme est un humanisme » et autres « male tears »

  1. Je n’ai jamais été impliquée dans une discussion sur le féminisme, en tout cas pas avec des relous. Mes connaissances en féminisme sont limitées, donc merci pour cet article, qui me permettra de garder cet argumentaire en tête si besoin 🙂

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  2. Oh je viens de découvrir ton blog, je suis en prépa littéraire également, féministe, en transition végane, et j’aime énormément les sujets que tu abordes et ta façon de les traiter. C’est très agréable et enrichissant de te lire, continue !

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  3. Perso , ayant toujours tendu vers l’Humanisme , c’est le titre qui m’a attirer ici ^^ .L’article m’a pas mal surpris mais surtout intéressé : le ton est juste, les arguments sont justes et c’est bien écrit. Un grand merci, continue comme ça. Ça apportera à tous le monde 🙂

    Aimé par 1 personne

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