Autres réflexions antispécistes

Pourquoi ne peut-on pas parler de « viol » des vaches ?

(TW Viol sur tout l’article)

Bonjour bonjour ! Je voudrais aujourd’hui vous parler du mot « viol » utilisé pour désigner l’insémination forcée imposée aux vaches, chèvres et brebis et notamment vous expliquer pourquoi il est problématique de l’utiliser. J’en avais déjà parlé sur Twitter en réponse à un Tweet dont j’ai regroupé toutes mes réponses ici. Cet article sera l’occasion de développer la réflexion que j’ai amorcée dans ce thread !

Le terme « viol » est beaucoup utilisé dans les milieux véganes, militants ou non, qui sont souvent dépolitisés. Je pense notamment à Peta qui a fait une campagne comparant victimes de viol et vaches ayant subi une insémination forcée. Si ça vous intéresse, j’ai déjà dénoncé les campagnes sexistes de Peta dans cet article. L’utilisation du mot « viol » pour l’insémination forcée fait énormément débat dans les cercles véganes et féministes et je vais tenter de montrer en quoi son emploi devrait être proscrit.

Qu’est-ce qu’un viol ?

Un viol est un acte de pénétration forcée commis sur une autre personne : cette définition est la définition strictement législative et littérale de ce qu’est un viol. A celle-ci s’ajoute la réalité sociale dans laquelle s’ancre un viol.

En effet, un viol est un des actes les plus violents qui peut exister dans notre société sexiste où prévaut la culture du viol. C’est un acte qui découle du système patriarcal : une violence sexuelle le plus souvent imposée à une femme par un homme pour affirmer son pouvoir et sa domination. 96% des auteurs de viol sont des hommes, pour 91% de victimes féminines. Le viol est peu souvent puni par la loi, et surtout peu souvent dénoncé par les femmes qui le subissent.

Le viol est donc une conséquence sociale de la culture du viol qui va transmettre des idées comme « si elle dit non, elle veut en fait dire oui », « elle n’avait pas qu’à s’habiller comme ça », « elle n’avait qu’à pas accepter de dormir dans le même lit que lui » ou « c’est son conjoint, ce n’est pas du viol ».

Voilà une infographie qui résume ce qu’est la culture du viol, en quoi cela forme un système et comment les plus petits actes (blagues sur le viol par exemple) contribuent et alimentent les plus graves (viol, meurtre) :

rape culture

Pourquoi faut-il préférer l’expression « insémination artificielle » pour parler de la violence faite aux animaux femelles ?

Le viol existe dans les relations entre humains, dans une société. Le viol est donc entièrement dépendant d’un contexte social et culturel. Les animaux ne font pas partie de cette société et de ces rapports sociaux. Ils ne sont pas soumis au système patriarcal et à la culture du viol comme nous le sommes.

Comme je l’ai dit le viol n’est pas seulement caractérisé par l’absence de consentement lors d’une pénétration. A la limite, dans ce cas là, on pourrait peut-être appliquer ce mot. Mais dans le cas de l’insémination, il s’agit d’une pénétration imposée par un.e humain.e à un animal femelle, pas d’une violence sexiste. Cet acte n’est pas ancré dans la culture du viol, mais il relève d’une recherche de profit et d’une exploitation des animaux considérés comme de simples ressources.

Utiliser l’expression « insémination forcée » désigne donc cette violence spécifique qui est faite aux animaux : celle d’une exploitation capitaliste et spéciste. Ce mot n’euphémise pas la violence qui est faite aux animaux. Nul besoin d’utiliser des mots choquants et polémiques pour attirer l’attention sur les violences spécistes. Au contraire, c’est gagner en crédibilité et légitimité que de nommer les choses avec précision et de ne pas mélanger les luttes sociales inter-humain.es et les luttes antispécistes.

Enfin, le dernier et plus important argument qui devrait nous encourager à ne pas utiliser le mot « viol » pour l’insémination forcée est celui invoqué par les victimes de viols, qui, en tant que concerné.es, refusent d’être assimilé.es aux animaux victimes d’insémination forcée. En effet, il est déjà assez difficile pour une victime de viol de se faire entendre et d’avoir justice, pour qu’on ne mélange pas en plus la lutte antispéciste à ces revendications. Et personnellement, une des premières choses que j’ai apprise lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux luttes politiques est qu’il faut écouter les concerné.es. A ce titre, je vous invite donc à lire le thread de @La_PetiteChose qui en parle en tant que concernée !
De plus, la comparaison entre animaux et opprimé.es humain.es est souvent utilisé par les détracteurs de ces luttes pour les rabaisser. On peut penser que cela est spéciste de la part des opprimé.es que d’être blessé.es car comparé.es à des animaux, mais il est tout à fait compréhensible que, cette comparaison ayant été utilisée comme insulte contre eux, iels ne souhaitent plus y être assimilé.es. Encore une fois, on ne peut piétiner les autres luttes sociales pour mettre en valeur la lutte antispéciste.

Refuser de dire « viol » c’est nier que les animaux soient les égaux des humain.es ?

Ce n’est pas nier à l’animal sa capacité à consentir ou sa sensibilité que de ne pas utiliser le mot viol pour l’insémination forcée. Il s’agit juste de séparer ce qui relève d’une réalité sociale humaine d’une exploitation spéciste. L’insémination forcée n’est pas moins grave ou moins violente, il ne s’agit pas de faire une hiérarchie entre les deux violences mais de les différencier à partir de ce qu’elles sont, leurs causes et conséquences.

Dire que l’animal est l’égal de l’humain.e, ce n’est pas dire qu’il a le même statut que l’humain.e, que tout doit être appliqué de la même façon pour l’un.e comme pour l’autre. Adopter une position antispéciste, c’est surtout affirmer que les animaux ont aussi des droits, et notamment le droit à la vie et la liberté. Antropomorphiser les animaux n’est pas les aider, cela ne fait que entretenir plus de confusion dans les problématiques qui les touchent particulièrement. C’est faire la confusion entre ce qui relève des oppressions humaines et de l’oppression spéciste.

Pour une action anti-spéciste efficace il est nécessaire de critiquer ce genre de mots utilisés à tort et de définir les termes précis qui définissent l’oppression spéciste. Nommer et définir les choses précisément c’est pouvoir les combattre spécifiquement et efficacement.


Avez-vous déjà utilisé le mot viol pour désigner l’insémination forcée ? Avez-vous changez d’avis depuis et pourquoi ? N’hésitez pas à me faire part de votre opinion !

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