Autres réflexions antispécistes·Végétarisme et véganisme

Abolitionniste (mais pas trop)

Bonjour bonjour ! Peut-être qu’un jour je trouverai un rythme régulier de publication, en attendant voilà un nouvel article à vous mettre sous la dent ! Encore et toujours on va parler de véganisme, et on va aujourd’hui s’attarder sur les branches idéologiques de l’antispécisme, vous dire à laquelle je m’adhère, laquelle je rejette…etc

Ami•e•s véganes abolitionnistes, ne sautez pas tout de suite au plafond, je suis et resterai abolitionniste at heart. Je ne peux envisager mon antispécisme autrement.

Je voudrais tout de même parler ici de mon intérêt pour le néo-welfarisme et notamment pour la communication et les actions de L214, que je trouve malgré tout admirable, malgré notre divergence de point de vue.

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Quelques définitions pour commencer

Il me faut d’abord définir les termes abolitionnisme et néo-welfarisme pour que vous soyez bien au point avec ce dont on parle ! Pour des définitions plus détaillées, je vous conseille cet excellent article de La Carotte Masquée, qui explique bien les tenants et les aboutissants de chacune de ses visions de l’antispécisme.

Pour les flemmard•e•s, voici un (très) bref récapitulatif :

  • Welfarisme : Fait de se soucier du bien-être animal et de vouloir l’amélioration de leurs conditions de vie
  • Néo-welfarisme (ou abolitionnisme réformiste) : estimer que la fin de l’exploitation animale passe par l’amélioration progressive de leurs conditions de vie.
  • Abolitionnisme (ou abolitionnisme fondamentaliste): Estimer que l’exploitation animale doit être arrêtée le plus tôt possible, sans faire de compromis (caméra dans les abattoirs, plein air..etc

Dans cet article j’utiliserai le terme « néowelfarisme », sans la connotation péjorative qui l’accompagne initialement, afin de bien faire la différence avec le terme « abolitionnisme » !

Abolitionnisme mon amour

De mon côté, j’adhère pleinement à l’antispécisme abolitionniste. Je trouve insupportable l’idée que les autres animaux soient exploités et victimes de violences plus longtemps.
Il n’est pas acceptable pour moi que l’on considère les autres animaux comme des ressources et des choses dont on peut prendre la liberté, la chair, la peau ou les sécrétions en estimant qu’iels sont notre propriété.

Je reconnais à tou•te•s les animaux un droit inaliénable à la liberté et à la vie. Pour moi, avoir « de meilleures conditions de vie » n’a aucun sens. Cela n’empêche pas qu’iels soient toujours considéré•e•s comme des choses, et qu’on finisse pas leur enlever la vie. Comme le dit La Carotte Masqué dans son article sur la viande heureuse : les animaux « ont un intérêt à vivre et pas seulement à ne pas souffrir ».

C’est pour ça que je ne peux pas adhérer au néo-welfarisme et encore moins au welfarisme. Théoriquement et idéologiquement, je ne peux tolérer des discours allant dans le sens de meilleures conditions de vie pour les animaux, car je souhaite la fin rapide et définitive de leur exploitation.

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On me dira alors que je suis radicale, que je ne sais pas faire de compromis. En effet, je suis radicale, mais pour moi la radicalité n’est pas un défaut. Si vouloir la fin de la souffrance et de l’exploitation d’êtres vivants est radical, alors je suis radicale (et je le revendique). Mais radicalité ne veut pas dire mauvais ou dangereux. Ma radicalité c’est de ne pas faire de compromis concernant l’exploitation animale et sa fin.

Je ne veux pas non plus discuter avec les éleveurs, les grandes surfaces ou les marques pour les encourager à mieux traiter les animaux. Je ne souhaite pas discuter avec les oppresseureuses. Car oui, le spécisme est une oppression systémique, et tou•te•s celleux qui y participent sont des oppresseurs (qu’iels en soit conscient•e•s ou non). Au contraire, en tant qu’abolitionniste, mon but est de lutter contre les oppresseureuses, par des actions comme le blocage des abattoirs, les nuits debouts devant les abattoirs, en boycottant des marques comme Herta ou Fleury Michon, qui se mettent à la nourriture végétale tout en continuant à produire massivement du jambon.

Pourquoi cet intérêt pour le néo-welfarisme alors ?

Dans mon monde idéal à moi, le monde entier serait végane et abolitionniste. L’exploitation animale n’existerait plus et ne serait plus qu’une abomination enseignée dans les livres d’histoire.

Mais cette utopie est encore loin, loin, loin de pouvoir se produire, si elle se produit un jour. En France, seulement 3% de la population est végétarienne et le gouvernement et les institutions françaises ne sont globalement pas vraiment enclines à se pencher sur la question de l’exploitation animale.

Malheureusement, la majorité des personnes non sensibilisé•e•s à la cause animale, ainsi que le gouvernement, sont peu enclin•e•s à écouter nos discours abolitionnistes. La fin de l’exploitation animale pour de la viande, des cirques, des élevages laitiers ou de l’usage du cuir rebutent ces personnes plus que cela ne les interpellent. Malheureusement, en tant qu’abolitionniste, nos paroles sont souvent vaines et ne trouvent que peu d’oreilles attentives acceptant d’entendre que les animaux ne sont pas des ressources.

Essayez-vous même avec votre entourage : celui-ci sera bien plus sensible à la souffrance animale, aux discours de L214 demandant aux marques et grandes surfaces de ne plus vendre de produits avec des oeufs issus d’élevage intensifs qu’à des discours plus théoriques leur disant qu’il ne faut pas considérer les autres animaux comme des choses qui nous appartiennent, et ce, même pour les oeufs des poules « heureuses » dans le jardin. Force est de constater que nous avons besoin d’intermédiaires comme L214 qui arrivent mieux à se faire entendre !

Alors l’abolitionnisme est inutile ?

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Non ! Bien sûr que non ! En réalité je pense que abolitionnisme et néo-welfarisme doivent être complémentaires. Si les associations néo-welfaristes comme L214 vont inciter des personnes, par des discours modérés, à s’intéresser à la cause animale, il s’agit à nous, abolitionnistes, de capter l’attention de ces personnes préalablement intéressé•e•s et de les informer plus en profondeur sur l’objectif de l’antispécisme à savoir la fin de l’exploitation animale.

Ensuite, aucune lutte sociale ne se gagne en discutant gentiment avec les marques ou le gouvernement. Comme on dit, il a fallu un Malcom X pour qu’un Martin Luther King puisse se faire entendre. En effet, nos actions dans les abattoirs, nos boycotts, nos discours abolitionnistes heurtent le public, heurtent les éleveurs, les marques et les gouvernements. Ces actions rappellent à tou•te•s notre objectif premier en tant qu’antispécistes : la fin de l’exploitation animale. Elles rappellent que nous ne trouvons pas tolérable que des animaux soient exploité•e•s pour notre plaisir gustatif, notre habillement ou notre divertissement.

En réalité, je pense que abolitionnisme et néo-welfarisme doivent travailler main dans la main malgré les différences idéologiques, car ce sont par des actions violentes et radicales qu’on ne fait pas oublier notre présence, mais des discours plus modérés permettent de faire porter l’antispécisme à de plus hautes échelles décisionnaires.

Et on ne va pas se mentir, même si je souhaiterai la fin immédiate de l’exploitation animale, je suis tout de même contente lorsque je vois des marques ou des grandes surfaces bannir les oeufs d’élevage intensif ou quand j’entend ma mère dire qu’elle n’achète plus que des oeufs élevés en plein air. C’est une toute petite victoire, mais cela fait déjà une différence pour les autres animaux, et n’est-ce pas ce qui compte après tout ?

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Et vous, plutôt abolitionnistes ou néo-welfaristes ? Pensez-vous qu’ils puissent être complémentaires ? N’hésitez pas à engager le débat dans les commentaires !

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Hylfee

Image à la Une, source : http://cleda.over-blog.com/page/10, Collectif antispéciste Contre l’Exploitation des Animaux

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9 commentaires sur “Abolitionniste (mais pas trop)

  1. 100% d’accord! Je suis totalement abolitionniste mais si je suis arrivée à cette position rapidement (moins d’un an après être devenue pesco-vege, le reste ayant suivi), je comprends que tous.tes n’iront pas au même rythme, et quand je vois que mon discours antispéciste ne fonctionne pas vraiment j’essaie d’incliner la personne en face vers un végétarisme qui serait déjà une grande avancée. Depuis un moment je me sentais parfois coupable d’avoir un discours radical qui du coup peut « repousser » les « aspirants vg » mais je ne peux tout simplement pas rester de marbre quand je suis consciente à chaque moment de ma vie de ce que vivent les animaux. Merci pour cet article!

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  2. Je l’attendais cet article 🙂
    J’ai souvent utilisée cette référence: « il a fallu Malcom X pour que Martin Luther King se fasse entendre ». Mais je n’ai jamais recherché le sujet en profondeur. Est-ce que tu connais un ouvrage ou auteur.rice qui détaille davantage le sujet?

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  3. Ah tiens moi de mon côté je ne considère pas du tout que L214 est « néo-welfariste », je les considère bien davantage comme « néo-abolitionnistes », puisque c’est une association antispéciste qui milite explicitement pour la fin de l’exploitation animale MAIS en considérant que pour des raisons d’efficacité (pour se faire entendre plus facilement, pour engager le débat, pour toucher plus de monde), il est incontournable de passer par des campagnes intermédiaires, de s’adresser aux politiciens etc. C’est des questions de stratégie mais l’objectif reste le même, je pense pas que les membres (du moins les plus actifs) de L214 se contenteraient d’une situation ou les animaux auraient de meilleures conditions de vie, l’idée serait plutôt (je pense) de continuer les actions tant que l’objectif n’est pas atteint 🙂 D’ailleurs en fait je trouve que l’opposition réformiste/révolutionnaire se transfère mal pour ce genre de cause, parce qu’une asso n’est ni un gouvernement ni un groupe politique qui projette de prendre le pouvoir… c’est davantage une démarche « syndicale » : on défend un groupe et on mise sur la force du collectif pour ça. Et on prend tout ce qu’il y a à prendre du coup… En tout cas je le vois comme ça, et du coup pour moi L214 s’inscrit là dedans. Est-ce qu’on dirait d’un syndicat anarchiste révolutionnaire qu’il n’est pas vraiment révolutionnaire sous prétexte qu’il se bat pour un temps de travail moins long et de meilleures conditions de travail ? Non je pense pas, on comprendrait que même si son objectif est un changement complet de société, comme les conditions ne sont pas réunies, en attendant il faut se battre collectivement pour obtenir le maximum. Peut être que le parallèle a ses limites mais c’est celui que j’ai trouvé le plus clair 🙂 après je conçois qu’on puisse trouver qu’il faut vraiment limiter le dialogue avec les grandes entreprises par contre : leur foutre la pression c’est une chose, discuter avec eux comme des partenaires ça en est une autre. Je suis pas encore fixée là dessus.

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  4. En fait, je viens de le capter en écrivant, mais je pense qu’il y a des choses à discuter autour de la définition d’abolitionniste et welfariste : pour moi fondamentalement ça désigne une conviction qui se rapporte à l’objectif poursuivi. Et pour d’autres personnes j’ai l’impression que ça concerne tout autant le choix des méthodes. Bon évidemment on peut difficilement penser les méthodes sans l’objectif ! Mais on pourrait comprendre qu’en poursuivant un même objectif, on ne soit pas tous d’accord sur les moyens qui nous paraissent les plus efficaces (car c’est bien d’efficacité qu’il s’agit)… et je ne sais pas si c’est pertinent de considérer que certains sont moins abolitionnistes que d’autres parce qu’ils considèrent comme plus efficace de faire des campagnes ciblées. Après tout, qui sait, peut être que L214, avec ses campagnes qui semblent pas assez suffisantes à certains, fait finalement davantage avancer sur le chemin de l’abolitionnisme ?

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    1. C’est vrai que le but poursuivi est le même je suis bien d’accord ! Et comme je le dis, la communication et les méthodes de L214 me semblent plutôt bien marcher. Mais j’ai un peu plus de problèmes avec les discours tenus par L214, ceux qui encouragent à ne pas consommer des oeufs de batterie par exemple. Je trouve que c’est discours là ne sont pas abolitionnistes mais plutôt welfariste et personnellement je ne pourrais pas les tenir en tant qu’abolitionniste fondamentaliste. Mais oui, tu as raison : le but poursuivi est le même, ce sont uniquement les méthodes qui sont différentes. Voilà pourquoi, je ne blâme pas du tout les néo-welfaristes car au final leurs méthodes mènent vers un mieux pour les animaux, et nous rapproche de plus en plus de l’abolition. Je n’adhère juste pas à certains discours !

      Aimé par 1 personne

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