Portraits de véganes

Portrait de végane #3 Nolwenn, entre véganisme et TCA

(TW Troubles du Comportements Alimentaires)

Bonjour bonjour ! La série sur les portraits de véganes continue avec ce nouvel article ! J’aime particulièrement faire ces minis interviews, car cela me permet d’échanger avec des personnes ayant des points de vues et expériences différentes des miennes ! Et c’est particulièrement le cas pour la personne qui sera le sujet de ce portrait aujourd’hui.

Mon invitée du jour !

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J’accueille aujourd’hui Nolwenn, 20 ans, étudiante en histoire de l’art. Végétarienne depuis 2 ans et devenue végane quelques mois plus tard, elle s’est intéressée dès la fin du lycée à la cause animale ! Ce sont d’ailleurs grâce à ses partages sur le sujet sur Facebook que je me suis moi-même intéressée à la chose.
J’ai eu son accord pour aborder avec elle le sujet de ses Troubles du Comportement Alimentaire et du rapport que cela peut avoir avec son véganisme.

 

Je lui laisse la parole !

Comment et pourquoi es-tu devenue végane ? Qu’est-ce qui t’as le plus incitée à le devenir (vidéos, entourage, documentaires…etc)

Mon déclic a été assez classique et a été l’histoire de quelques heures. Un soir sans raison particulière je me suis intéressée à l’artiste makeup Fanny Maurer et j’ai découvert son engagement pour la cause animale. C’était très flou pour moi au début ; j’avais du mal à comprendre les enjeux derrière la question de l’exploitation animale.

J’ai affiné ma recherche en regardant Blackfish (que je connaissais déjà) puis Earthlings qui m’a transformé de manière radicale. Je me suis obligée à regarder le documentaire en entier et ça a été une torture, mais à partir du moment où j’ai compris ce qui se cachait derrière l’exploitation animale, je ne voulais pas risquer de passer à travers d’autres informations et d’autres formes de cruauté.

J’avais prévu de regarder Cowspiracy après, mais j’ai arrêté au bout de quelques minutes parce que l’accent était mis sur l’écologie et l’environnement. Ce sont des arguments auxquels je suis bien évidemment sensible mais je n’avais pas besoin de ça pour arrêter ma consommation de produits issus de l’exploitation animale. Pour moi, c’était très simple, c’est parce qu’il y avait de l’exploitation et de la souffrance que je voulais changer de régime alimentaire.

(J’ai arrêté le documentaire très rapidement alors peut être que la question de la souffrance animale apparaît ensuite ?)

Comment s’est faite ta transition vers le véganisme ?

Assez facile dans le sens où j’habitais et faisais mes courses seule !
J’étais totalement en accord avec le véganisme mais je suis restée végétarienne pendant quelques mois parce que je n’osais pas « déranger » ma famille et ma belle-famille quand j’étais invitée. En réalité, tout mon entourage considérait que j’étais végétalienne depuis le début et donc quand je mangeais chez eux, les repas étaient véganes !

(Finalement mon entourage a assumé ma transition beaucoup plus rapidement que moi hahaha)

Quelle est ta conception du véganisme ? Es-tu militante ?

J’aimerai être beaucoup plus militante que je ne le suis actuellement. Je ne suis pas à l’aise dans les débats et encore moins quand c’est un sujet qui me tient autant à cœur que l’antispécisme (tout comme les autres formes d’oppression d’ailleurs).

J’ai assez peu confiance en moi et malheureusement c’est visible lorsque j’essaye d’argumenter ou de militer pour n’importe quel sujet, surtout pour la libération animale. Je perds mes mots, balbutie et deviens rapidement hypersensible quand je n’arrive pas à faire valoir mes idées face à des gens qui n’ont aucune estime pour la vie animale. Du coup, je me décrédibilise et m’infantilise face à des gens qui sont sûrs que « La bidoche c’est la vie / Les vaches produisent naturellement du lait / Les plantes souffrent aussi ». Plus ils sont cyniques, moins j’ai de facilités à garder mon calme et ma crédibilité.

Devenir végane t’a-t-il posé des problèmes en terme de sociabilité, cela a-t-il été un obstacle pour toi ?

Je suis chanceuse à ce niveau là. Ma transition n’a pas du tout posé de problème dans mon entourage et a même permis à mes sœurs, mon compagnon de l’époque et ma mère de s’interroger sur leurs propres pratiques alimentaires et de consommation. Les trois premiers sont d’ailleurs devenus végétaliens depuis !

J’ai quelques remarques « humoristiques » concernant mon régime alimentaire de la part de mes amis qui ont du mal à comprendre qu’il s’agit avant tout d’un engagement politique et éthique.

Concernant mon père, j’évite d’aborder la question de la souffrance animale ; elle le dépasse. On a eu d’assez violentes altercations par rapport à ça, parce que ça me fait du mal de voir une personne que j’aime autant faire preuve d’aussi peu d’empathie. Je sais que son animosité face au véganisme vient surtout du fait qu’il aime cuisiner et partager des repas avec nous et qu’il croit que ce n’est plus possible, alors j’évite de trop en parler avec lui.

Tu as des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA), comment cela interfère-t-il ou non avec ton véganisme ?

J’ai des Troubles du Comportement Alimentaire depuis maintenant 4 ans et je suis végane depuis 2 ans. Un médecin généraliste spécialisé en TCA, qui a été mis au courant de ces 2 infos, a décrété que mon véganisme était une réponse à mes TCA : que je fuyais le gras et les calories des produits carnés.
Je ne sais pas vraiment à quel point cette affirmation peut être vraie dans certains cas. Je sais que pour moi, elle est totalement fausse : je suis très lucide concernant mes problèmes de santé et mon véganisme n’en découle pas.

Mon changement alimentaire m’a fait perdre du poids (5kg à peu près) mais il n’a pas résulté de mes TCA, seulement des mes tâtonnements dans la cuisine végétale et de mes horaires de fac qui m’empêchaient de manger à des horaires réguliers.
Depuis que je suis revenue vivre chez mes parents, j’ai repris du poids, notamment à cause du choix beaucoup plus important de produits industriels véganes dans les placards. Ca a fait ressurgir en force mes problèmes d’alimentation (hyperphagie notamment) mais je suis heureuse d’être végane à présent parce que je me jette sur de la nourriture, que j’estime, « saine ».

Tout ça pour dire que mes TCA n’ont, je pense, aucune influence sur mon véganisme mais inversement, mon véganisme me fait sentir moins coupable quand j’ai mes crises d’hyperphagie.

De manière générale et en tant que concernée, penses-tu qu’il peut être plus difficile pour une personne ayant des TCA de devenir végane ?

La dénomination de TCA est très large et englobe plusieurs troubles spécifiques alors chacun « vit » sa maladie de manière différente et je n’ai pas la prétention de parler au nom de toutes les personnes souffrant de TCA bien évidemment.

Durant mes crises d’hyperphagie, j’ai eu la chance d’être dans un environnement où la très grande majorité des aliments étaient véganes donc je n’ai jamais eu la culpabilité de manger quoique ce soit issu de l’exploitation animale à cause de mes TCA. Néanmoins, ces moments là sont vraiment incontrôlables ; on agit selon nos pulsions et certaines personnes doivent sûrement faire face à des « envies » de plats à base de viande, crème ou fromage.
Les crises de boulimie ou d’hyperphagie m’ont toujours fragilisées d’un point de vue émotionnel et psychologique ; le dégoût de soi, d’avoir ingurgité autant, d’avoir cédé aux pulsions et ensuite de s’être fait vomir ou non. Ces crises ont un réel impact sur notre estime de soi, alors je n’imagine pas à quel point ça doit être lourd de rajouter, en plus, la culpabilité d’avoir mangé un produit issu de l’exploitation animale…

Je sais aussi que j’ai failli être internée pour mes troubles et même si je n’étais pas végane ni même végétarienne à l’époque, j’imagine à quel point ça doit être compliqué de gérer l’hospitalisation avec des équipes médicales qui ne sont pas forcément au fait ou en accord avec le végétalisme.

Le fait d’être végane, au-delà de l’aspect politique et des convictions morales que ça demande, comporte aussi tout un aspect alimentaire qui n’est pas à négliger. Et devoir réfléchir à transformer/créer de nouvelles recettes véganes ou tout simplement en chercher sur le net, ça peut vraiment être difficile quand on souffre de TCA.
Mes performances en cuisine sont relativement désastreuses et je sais qu’elles résultent, inconsciemment, des mes troubles alimentaires. J’ai une peur et un dégoût pour la nourriture, c’est tellement ancré en moi qu’il affecte ma manière de cuisiner, sans que j’y prête attention : je ne dois pas aimer ce que je fais à manger pour ne pas avoir à me resservir et donc grossir. C’est comme ça que mon esprit fonctionne et même si je parle avec humour de mes non-talents culinaires, c’est toujours une épreuve désagréable, mais pourtant indispensable et quotidienne, que de faire à manger.

Donc, pour une personne atteinte de TCA pour qui le sujet de la nourriture est quelque chose de sensible, faire des recherches sur les apports en protéine/calcium/etc (qui sont régulièrement au centre du débat entre véganes et spécistes), chercher des nouvelles manières de cuisiner, se renseigner sur les aliments transformés, etc, et bien c’est un travail réellement épuisant qui demande une force considérable pour ne pas céder aux TCA.

L’antispécisme et le véganisme ne sont pas des modes alimentaires mais des prises de position politiques et éthiques. Néanmoins, ça demande un reformatage nécessaire de nos placards, de nos recettes et de nos habitudes alimentaires.

Les repas conditionnent et découpent nos journées, ils ont une place importante dans notre vie et société, encore plus dans la vie d’une personne atteinte de TCA. Devenir végane sous-entend une réflexion importante sur notre mode de vie alimentaire qui peut être difficile à enclencher pour des personnes (penser à toute la nourriture que j’ai ingurgité en une journée, c’est me promettre des heures de culpabilité et de dégoût par exemple) mais également un travail pour repenser notre manière de cuisiner, de consommer, etc.

Le fait de toujours devoir se justifier auprès des spécistes est surement aussi délicat pour les malades de troubles alimentaires : prouver que l’on mange équilibré et que nos plats sont appétissants. Il y a donc une pression, réelle ou supposée, pour les véganes de justifier qu’ils ne mangent pas que des cailloux et du tofu/que leurs plats n’ont rien à envier à la cuisine carnée/que la junkfood et pornfood végane existe véritablement.

Tout autant de choses délicates que certaines personnes atteintes de TCA, moi la première, sont dans l’incapacité de faire et qui rajoute (dans mon cas) une culpabilité et une impression de desservir la cause et donc les animaux.

Tout ça pour dire que oui, je pense que les Troubles du Comportement Alimentaire peuvent empêcher certaines personnes de devenir végane, ou en tout cas de retarder de manière considérable et rendre chaotique et douloureuse leur transition.


Je tiens d’abord à remercier Nolwenn pour son courageux témoignage 🙂 Si vous êtes dans une situation similaire, n’hésitez pas à déposer un témoignage dans les commentaires ! 

Pour être au courant de la publication des prochains articles n’hésitez pas à me suivre sur Twitter, sur mon profil Hellocoton sur mon Facebook ou à vous abonner sur WordPress avec le bouton en haut à gauche ! J’ai aussi un Instagram où je poste quelques photos de mes repas !

Hylfee

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