Autres réflexions antispécistes·Féminisme

Féministe avant d’être antispéciste

Bonjour bonjour ! J’écris cet article en réaction au tweet d’Aymeric Caron suite à un # qui a circulé sur Twitter : #balancetonporc. Ce sera donc peut-être un article un peu brouillon car je l’écris à chaud sans y avoir trop réfléchi, mais je voulais tout de même m’exprimer sur le sujet au plus vite !

En réalité, ce n’est pas vraiment seulement en réaction à ce hashtag que j’écris cet article. On va dire que le tweet de Aymeric Caron était la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ! Cela fait plusieurs fois que j’observe dans le mouvement végane une tendance à crier au spécisme alors que ce n’est clairement pas le moment de le faire ou de placer l’antispécisme comme la lutte suprême, au dessus des luttes humaines. Je vais vous expliquer ce que j’entends par là !

Qu’est-ce que le #balancetonporc ?

Le #balancetonporc a été lancé par Sandra Muller @Lettreaudio sur Twitter. Elle y fait le témoignage du harcèlement sexuel dont elle a été victime à son travail, et encourage les femmes à faire de même. Si ce hashtag concernait d’abord le monde du travail, il s’est vite élargi et de nombreuses femmes ont témoigné de viols, agressions, harcèlement ou propos sexistes qu’elles ont du subir.

L’ampleur de ce # a donné lieu à de multiples réactions. Si nombre de féministes et de femmes se réjouissent de cette libération de la parole, beaucoup de personnes (surtout des hommes) sont venues remettre en cause ce #, en minimisant les propos des victimes, ou par des injonctions à porter plainte et à donner le nom de leurs agresseurs.

Puis, est venu le tweet d’Aymeric Caron, antispéciste relativement connu :

Aymeric Caron

Pourquoi c’est problématique ?

Qu’on soit bien d’accord, je ne suis pas forcément pour le fait d’utiliser des noms d’animaux pour décrire des comportements humains, certes parce que c’est spéciste, mais aussi et surtout parce que cela renvoie l’idée qu’un agresseur n’est pas totalement un être humain, qu’il n’est pas comme nous. Or cela est totalement faux, les agresseurs font partie de nos vies, ce sont nos pères, nos frères, nos copains, nos amis, des personnes que l’on croyait gentilles et bien intentionnées, incapables de faire le moindre mal. Les agresseurs sont des gens « normaux », il ne faut pas les pathologiser ou les animaliser pour les faire sortir de l’humanité, et donc les décharger de leur responsabilité. (Je n’utilise pas l’écriture inclusive ici, car ce # est dédié aux femmes dénonçant des agresseurs hommes)

Mais ce qui me dérange c’est surtout la position depuis laquelle Aymeric Caron se permet de faire cette remarque, et le ton paternaliste et condescendant qu’il emploie (« il aurait été préférable de… »). C’est un homme, qui se permet de venir discuter de mots utilisés par des femmes victimes d’agressions et de critiquer leur manière de dénoncer leurs agresseurs. Ce mot n’a d’ailleurs pas forcément été choisi ou réfléchi, mais relève d’une plus d’une expression spontanée. Je ne dis pas qu’il a tort dans le fait qu’utiliser des expressions comme « porc », « cochon » pour désigner des personnes peu recommandables, ici sexistes, soit spéciste. Ce n’est pas cela que je contredis. Mais, les animaux n’entendent pas et ne comprennent pas ce genre d’expressions, il y a donc une portée moindre qu’avec des propos sexistes/LGBTphobe/racistes…etc qui peuvent faire du mal aux concerné·e·s (même s’il reste la perpétuation du spécisme par le langage).

Nous, victimes, femmes, qui avons choisi de prendre la parole (parole qui nous est souvent refusée ou remise en cause) autour d’un hashtag, nous n’avons pas besoin qu’une personne vienne encore silencier nos propos en discutant d’un choix de vocabulaire : voilà le plus dérangeant, voilà pourquoi ce n’est pas le moment. Cela contribue à effacer la parole des victimes, à lui enlever de la crédibilité car nous aurions mal choisi nos mots et que donc notre parole aurait moins de valeur !

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Et encore une fois je le répète : ce n’est pas parce que l’on est antispéciste que l’on peut venir défendre la cause animale à tort et à travers. On ne peut pas user de tous les moyens possibles pour faire passer nos idées (ex : on ne peut pas user d’une communication grossophobe pour encourager les gens à devenir véganes). Il faut savoir apprendre à se taire lorsque quelque chose est certes un peu spéciste mais risque de prendre le pas sur une autre cause défendue, notamment les luttes politiques humaines car :

  1. Nous ne sommes concerné·e·s par le spécisme, nous n’avons donc pas de colère légitime qui pourrait légitimer notre intervention
  2. Lorsque des concerné·e·s parlent de leur oppression, nous n’avons pas à nous immiscer là dedans
  3. Le mouvement végane est encore loin d’être parfait dans sa communication et les termes que les militant·e·s emploient, balayons d’abord devant notre porte.

Pourquoi ce titre d’article ?

Oui, je suis féministe avant d’être antispéciste. Parce que je suis une femme, concernée et victime du sexisme. Je ne suis pas un animal non-humain, je ne vis pas le spécisme, même si je me bats pour les droits des animaux non-humains.

Oui je parle beaucoup de véganisme, j’en ai fait le centre de mon blog, de ma vie, de ma consommation. Mais je considère mon féminisme plus important, car je n’ai pas choisi d’être une femme, contrairement au véganisme, et chaque jour je suis potentiellement en danger à cause de ça. J’entends parfois venant de certains véganes des propos comme « l’antispécisme est plus important », « les animaux sont plus oppressés », « vous pensez plus à votre nombril qu’à aider les autres ».

Oui : je fais passer ma sécurité, la lutte pour mes droits avant celle pour la cause animale Si je dois prendre parti dans un débat comme celui autour du #balancetonporc, je prendrais immédiatement parti pour les femmes, pour les féministes, parce qu’elles sont concernées et victimes, parce que je suis moi-même concernée et victime. Ce n’est pas de l’égoïsme c’est de la survie, une nécessité devant une oppression systémique. Bizarrement, les personnes qui ont déjà tenu ce genre de propos étaient souvent des hommes, blancs et/ou hétéros et/ou cis (pour ce qu’on peut en savoir sur les réseaux sociaux). Il est vrai que d’une position de privilégié il est plus facile de faire passer la lutte antispéciste avant tout autre lutte, car le privilégié n’a pas à lutter pour sa propre vie, pour ses droits et son respect.

Voilà pourquoi le véganisme est parfois taxé d’être trop blanc et bourgeois. Non pas que tous les véganes seraient blancs, bourgeois et privilégiés, mais parce que l’on entend trop souvent ce discours de hiérarchie des oppressions, comme si l’antispécisme était plus important parce que les animaux seraient « plus opprimés ». Que les personnes noires, LGBT+, les femmes… se regarderaient le nombril au lieu de vouloir aider les autres animaux, que leur situation serait moins pire…etc. Déjà, qui êtes vous pour hiérarchiser les oppressions ? Avant de tenir ce genre de discours ou de venir expliquez à une victime d’oppression à quel point elle est spéciste lorsqu’elle pose des mots sur son expérience, posez-vous plusieurs questions : est-ce que je suis victime d’une oppression ? Est-ce que je sais ce que c’est que d’être susceptible d’être agressé·e tous les jours de ma vie ? Est-ce que j’ai déjà été discriminé·e ? Et en réalité, même si vous êtes vous-même une femme, ce genre de discours n’est pas plus souhaitable, surtout dans le contexte de ce hashtag : cela reste une manière de silencier et décrédibiliser les victimes.

Et en effet, il est moins aisé de devenir végane, de lutter contre le spécisme quand la lutte pour nos droits nous prend déjà énormément d’énergie. Les plus privilégiés d’entre nous (et je m’inclue dedans), peuvent s’investir plus aisément. Et au lieu de culpabiliser et dénoncer le soit-disant spécisme des personnes victimes d’oppressions, iels feraient mieux de les soutenir dans leurs luttes, et de se battre d’autant plus pour la cause animale au lieu d’en rajouter une couche.

En fait il faut retenir quelque chose : l’antispécisme, la lutte pour la fin de l’exploitation animale, le véganisme..etc ne fait pas de vous quelqu’un·e de moralement pur·e, qui défend la cause suprême car capable de mettre ses intérêts humains de côté pour défendre les sans-voix. Être antispéciste ne vous donne pas le droit de dédaigner les personnes humaines victimes d’oppressions, sous prétexte qu’iels ne verraient pas l’antispéciste comme la cause suprême et moralement désintéressée. Il est normal de vouloir se protéger soi-même d’abord, pour sa santé physique et mentale et le respect de ses droits .

Voilà ! C’est la fin de cette prise de parole un peu décousue, j’espère que vous avez pu suivre et que vous avez compris ma prise de position !

Pour comprendre un peu mieux mes positions concernant le féminisme et antispécisme, je vous conseille ces deux articles que j’ai écrit :

  • Un article où je détaille ma vision du féminisme
  • Un autre où je m’attaque au sexisme (mais pas que) dont peut faire preuve le mouvement antispéciste

Et vous, faites vous passez la lutte politique qui vous concerne avant l’antispécisme ? Que pensez-vous du tweet d’Aymeric Caron ? N’hésitez pas à laisser votre avis dans les commentaires !

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Hylfee

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23 commentaires sur “Féministe avant d’être antispéciste

  1. tout ça me perturbe un peu à vrai dire, par le fait que je ne me sente pas légitime pour aborder la multitude des problématiques fraîchement médiatisées et dont je ne vois pas la finalité, étant totalement et volontairement coupé des infos mainstream, et donc des manigances des saletés qui détruisent nos vies. Politiquement, on peut dire que j’ai baissé les bras pour me concentrer sur ma passion, qui deviendra peut-être mon moyen de subsistance, mais j’en doute, et par extension, qui va me permettre de toute façon d’apporter de la joie à mes proches et plus largement. Voilà, je pense que mes ambitions ne vont pas aller plus loin désormais. Je n’ai qu’un souhait sur le moyen terme, c’est que notre désir nihiliste devienne encore plus fort et qu’en tant qu’espèce, nous disparaissions, étant visiblement incapable d’entrer globalement en osmose avec notre environnement.

    Cela étant, par rapport à ces querelles de clochers qui font le jeu de pas mal de gens qui empochent les gains, je ramène généralement tout ça, peu importe le terme tendance que l’on utilise pour se définir, à la vanité de quelques ego. Avec les réseaux sociaux, on s’embrase maintenant en quelques secondes, c’est worldwild, et puis… rien. Rien parce que tout ça né d’énervements, de réactions émotionnelles qui retombent en un instant, c’est donc du rien, qui permet à quelques-uns d’exister en se nourrissant de choses sans importance. Oui oui d’accord, toutes les causes se défendent, et pour ma part, que les femmes soient au minimum décemment traitées par les hommes, cela m’importe et reste un combat de tous les instants, à mon échelle, combat que je sais perdu d’avance dans une société globalisée comme celle-ci, mais qu’il faut mener, en corrigeant les amis sur des remarques déplacées, en favorisant l’écoute, l’acceptation de l’autre, et surtout, la réflexion. Bon sang, tout fonctionne à l’émotionnel, et je suis toujours choqué, et je l’avoue, très inquiet, de me rendre compte que beaucoup de mes proches ne voient même pas la finalité d’une diffusion massive d’informations anxiogènes, calibrées pour servir le discour politique du moment.

    Et pour en revenir au coeur de cet article, très bien écris d’ailleurs, je trouve ça aberrant que des « protecteurs de la cause animale », je suppose que c’est ça des spécistes, interfère dans ce genre d’action, que en effet je considère vaine et peu constructive – mais je le répète, je ne suis pas légitime – mais qui est bien plus ancrée dans le quotidien de camarades humains clairement en souffrance. J’en reviens à cette notion d’Ego qui parasitent toutes les initiatives, et je le répète, même si pour ma part j’ai plutôt baissé les bras, si je peux amener de la réflexion à mes proches, je le fais, mais ce fichu partiarcat est en place depuis quelques millénaires, et hormis une catastrophe globale, je ne vois pas comment rebooter la machine humaine.

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    1. Ton choix de te protéger de toute cette masse d’information et de ne pas militer est tout à fait compréhensible, et si tu te sens mieux comme ça, je suis contente pour toi ! Personnellement j’ai encore trop de hargne et de colère pour baisser les bras, et un peu trop d’espoir pour abandonner aussi…
      Sinon par « spécistes » ce sont les personnes ou les propos qui sont oppressifs envers les animaux, les défenseur•euses de la cause animale sont les antispécistes !

      Merci pour ton commentaire (et le compliment sur l’écriture)!

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      1. Fichtre, merci pour cette rapide réponse! Oui en me relisant, je réalise que je donne l’image du désespoir 🙂 En fait non, je n’ai plus de colère et de hargne (des tonnes de méditation et de rencontres positives), mais j’entretiens par contre de l’espoir, sur un plan individuel.

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  2.  » Ce n’est pas cela que je contredis. Mais, les animaux n’entendent pas et ne comprennent pas ce genre d’expressions »

    Les humains comprennent très bien ces mots, eux. Et c’est bien en rabaissant constamment les animaux victimes à l’état de monstres dégueulasses qu’on se permet d’oublier qu’ils sont massacrés par millions pendant qu’on détourne les yeux en se disant « ce ne sont que des animaux / ils l’ont bien mérité ».

    Que des féministes spécistes ne voient pas le problème, soit.
    Qu’on puisse être gêné par l’intervention d’un homme auprès des féministes pour en faire la remarque, ok.
    Qu’on puisse se retrouver coincé avec un : « Oh la la, zut, je fais la remarque ou pas ?… C’est merdique, cette situation… Quoi que je choisisse, c’est la merde… », d’accord.

    Mais qu’une féministe qui se dit antispéciste vienne en défense de l’expression en faisant semblant de ne pas voir le problème… Ben le problème, c’est très exactement qu’on ne doit pas utiliser les victimes d’une oppression comme marche-pied pour lutter contre autre oppression.
    Et si les campagnes sexistes de Peta sont à condamner, alors il faut être capable de comprendre que ça doit fonctionner dans les deux sens, pour qu’on puisse parler de convergence des luttes. Ou sinon on se retrouve éternellement avec chaque groupe opprimé qui lutte pour sa gueule en crachant sur les autres groupes opprimés, et il ne faudra plus attendre d’entre-aide réciproque de la part de personne.

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    1. Je pense qu’il y a un temps pour tout. Quand la discussion sur un #balancetonporc met en avant des victimes d’oppression, les femmes, ce n’est pas le moment d’aller dire oui mais vous auriez dû écrire #balancetonconnard ou que les véganes ne devraient pas y participer parce que c’est spéciste d’utiliser le porc dans ce contexte. Une fois quelques jours passés, revenir sur le sujet en mettant en avant le fait que le choix d’un animal était inapproprié car il sous entend qu’un porc est forcément méchant et sale, oui je peux entendre l’article.
      Surtout qu’une fois lancé, il est impossible de changer un # si l’on veut garder sa puissance.
      Il faut parfois savoir se retirer temporairement et ne pas venir au devant de la scène pour crier au spécisme alors que ce n’est pas la cause qui est mise en avant à ce moment là. Bien que la remarque soit légitime !

      Et pour PETA avec leur dernière campagne qui disait qu’en évitant les produits laitiers on évitait l’autisme (avec un bonhomme triste) ils sont dépassé les bornes ! Ils ont du travail à faire sur le respect de tous.

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  3. Merci pour ton article, je suis entièrement d’accord sur la non hiérarchisation des luttes, et l’impossibilité du/de la militant(e) pur(e), irréprochable et habilité à donner des leçons aux autres. Ca m’aura aussi permis de découvrir ton chouette blog ❤

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  4. Perso je suis d’acc avec Caron (pour une fois )
    Les animaux ne doivent pas être réduit à l’État de raclures ou autres ça encourage la mauvaise réputation du porc alors qu’on devrait pas
    Ce terme aurait pu être changer
    Et pourtant je suis une femme bi

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    1. Je suis aussi d’accord avec le fait qu’utiliser des noms comme « porc » ou « chien » pour désigner des humains ayant des comportements dégueulasses est spéciste. Je ne discute pas ça
      Ce que je remets en question ici, c’est le fait de venir faire cette remarque à ce moment là, lorsqu’il y a un mouvement d’ampleur de libération de la parole de femmes victimes. Alors que cette parole nous est souvent refusée, minimisée, on s’auto-censure…etc. Je considère que ce n’est pas le moment opportun pour discuter du vocabulaire utilisé par des victimes qui sont dans la spontannéité et l’émotion.

      Bien sur qu’on peut discuter du spécisme des mots et du langage, mais pas dans ce contexte là, pas quand des femmes essayent de se battre contre le sexisme. C’est délégitimer et silencier leur parole

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      1. hm en fait on remarque que seule la france a un hashtag différent, tous les autres pays ont #moi aussi comme hashtag. En tant qu’anti-spéciste, je trouve que c’était effectivement dommage d’utiliser ce mot, et je me sens beaucoup plus à l’aise avec #moi aussi.
        Après, certes, le plus important est la libération de la parole. Mais je peux comprendre la position de Caron par rapport à ça, même si son plus grand tort est à mon avis de n’avoir quasiment rien dit sur le sujet principal. S’il avait écrit à ce sujet, peut-être que son tweet aurait été beaucoup mieux accepté. En ce sens, c’est dommage…

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  5. Bonjour, article intéressant mais certains points avec lesquels je ne suis pas d’accord ou que je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi le sens.

    « Mais je considère mon féminisme plus important, car je n’ai pas choisi d’être une femme, contrairement au véganisme, et chaque jour je suis potentiellement en danger à cause de ça. »
    Ce que je comprends dans cette phrase est que vous pensez le féministe plus important (ou du moins vous le placer au dessus d’autres causes) car vous êtes une femme sans l’avoir choisi, alors que végan on le choisi. Sauf que le véganisme n’a pas pour but de défendre les végétaliens, mais bien les animaux, là où le féminisme défend les femmes alors que vous pouvez être une femme. Pour moi ces deux luttes n’ont pas la même portée, entre la défense d’individu dont on fait partie et la défense d’individus dont on ne fera jamais parti.

    « Si je dois prendre parti dans un débat comme celui autour du #balancetonporc, je prendrais immédiatement parti pour les femmes, pour les féministes »
    Je trouve cette façon de penser dommage, car vous dénoncez dans votre article la hiérarchisation des causes, et pourtant vous le faites ici. De plus aucune cause ne devrait utiliser un argumentaire ou un vocabulaire relatif à une oppression pour en dénoncer une autre. Pour moi une campagne végane qui est sexiste est à rejeter car elle utilise une certaine oppression pour se faire entendre; et à l’inverse, une campagne féministe qui utilise un vocabulaire spéciste est tout autant à déplorer.
    Quand on veut faire un hashtag fédérateur, surtout sur un thème aussi dramatique que sont les violences sexuelles (faites au femme dans ce cas là), il faut réfléchir plus de cinq minutes à son hashtag, pour éviter l’oppression d’autres groupes ou la contestation de luttes amies (car pour moi, véganisme et anti-sexisme convergent vers l’idée de respect d’autrui et de respect de sa personne autant physique que morale).

    Dernier point qui me dérange pas mal (sûrement car je suis visé par ça) : « Bizarrement, les personnes qui ont déjà tenu ce genre de propos étaient souvent des hommes, blancs et/ou hétéros et/ou cis (pour ce qu’on peut en savoir sur les réseaux sociaux) »
    Donc si on est un homme blanc, on n’a pas de légitimité à parler d’oppression, si on est un homme hétéro, on n’a pas de légitimité à parler d’oppression, et si on est un homme cis, on a pas de légitimité à parler d’oppression. Je ne pense pas que c’était le but de cette phrase, mais quand je lis ça moi je comprends que quand on est un homme, pour avoir légitimité à parler d’oppression, il faut être racisé, homo et trans.
    Perso je suis un homme blanc cis, et pourtant j’ai aussi subi de l’oppression dans l’enfance car j’étais un gamin qui vivait dans son monde, et qui avait la tête de geek qu’on pouvait martyriser. Maintenant adulte, je ne subi plus d’oppression je crois, mais pour autant je sais ce que c’est de se faire harceler quotidiennement par les gens qui nous entoure. Et je ne pense pas être le seul à être/avoir été opprimé pour une quelconque raison, tout en étant un homme blanc et cis.
    Fédérer en rejetant une partie de la population qui est potentiellement du côté de votre cause (c’est mon cas, je me bat contre les idées préconçues sexistes, racistes et oppressives que je peux avoir ou que les personnes que je côtoie peuvent avoir), c’est un risque à être contre-productif, et la contre-productivité est une chose à éviter ABSOLUMENT dans une cause qui est urgente, comme les agressions envers les femmes.

    Et s’il y a une chose que je pourrais voir de positif dans toute cette controverse autour de la suprématie d’une quelconque lutte, c’est qu’au moins, avec la réaction sur le coup de Carron, les prochains hashtags qui défendent la cause féministes ne seront pas spécistes car la leçon aura été retenu (enfin je l’espère), et les TOUS les végans féministes pourront partager avec entrain le hashtag sans se sentir tirailler entre deux causes extrêmement importantes. On ne devrait pas avoir à choisir entre deux causes nobles.

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    1. Alooooors, je vais répondre point par point :
      – ce que je voulais dire par « je n’ai pas choisi d’être femme, contrairement au véganisme », c’est que l’antispécisme est une lutte pour laquelle j’ai choisi de m’engager, tandis que je suis féministe par nécessité, parce que je suis une femme. Donc forcément, je suis premièrement féministe. Il ne s’agit pas ici d’une hiérarchisation des causes dans l’absolu (le féministe EST plus important que l’antispécisme), mais bien d’un point de vue individuel : car je suis femme, je suis plus concernée par le sexisme, il s’agit donc de la lutte première. Même si je donne aussi beaucoup pour le véganisme !
      – Encore une fois, je ne nie pas que le # soit spéciste, et j’estime même que c’est important de parler du spécisme dans le langage. Par contre ce qui me semble intolérable c’est le fait de venir discuter d’un choix de vocabulaire d’une victime, qui n’a pas forcément réfléchit plus que ça à ce #, à l’impact qu’il pouvait avoir car elle était beaucoup plus dans l’émotion (colère ou triste) en témoignant, que dans le raisonnement. Je trouve aussi que venir reprocher le vocabulaire de victime c’est encore une fois délégitimer leur parole.
      – Je pense qu’il faut faire une distinction entre le harcèlement scolaire que tu as pu subir (tout à fait horrible et à dénoncer), et une oppression systémique. Tu n’as pas été harcelé parce que tu es homme, ou parce que tu es homo, ou parce que tu es noir. Dans le cas du sexisme, du racisme et même du spécisme, les opprimé•e•s le sont parce qu’iels sont femmes, noir•e•s et/ou LGBT+. C’est une oppression qui est ancrée dans la société et qui se fait à toutes les échelles (que ce soit la blague misogyne de tonton à la différence de salaire ou le viol) et qui est systémique (car elle est perpétuée par le système). Par exemple, ton harcèlement scolaire ne s’entendait pas aux autres sphères de la société, les raisons pour lesquelles tu étais harcelé ne te discriminent pas sur des sujets comme obtenir un travail, un appart, une carrière…etc
      Du coup j’estime qu’en tant qu’homme/blanc/cis/hétéro tu peux tout à fait te positionner en tant qu’allié des causes féministes/racistes/transgenres…etc, mais que tu n’es en effet pas vraiment légitime à prendre la parole à leur place ou venir discuter de leur façon de militer. Les concerné•e•s auront toujours plus de légitimité à parler car iels ont l’expérience de ce que c’est que d’être victimes de discriminations et d’une oppression systémique.

      Conclusion : discutons du spécisme dans le langage au sein de nos cercles, reprenons les carnistes et autres personnes qui sont spécistes, faisons des articles là dessus. Mais il y a des moments où il faut se taire, surtout quand le sujet est très sensible, où la parole se libère juste pour des concerné•e•s victimes. Cela aurait mérité d’attendre quelques semaines pour parler du spécisme du mot « porc » dans ce contexte, et il aurait surtout fallu amener ça avec plus de tact et moins de paternalisme.
      Rappelons nous que nous ne sommes pas les victimes d’une oppression, nous défendons des sans-voix, et à ce titre, nous devons être « irréprochables » dans notre communication et notre rapport aux autres luttes humaines, car nous nous adressons à des opprimé•e•s quand nous ne le sommes pas, nous sommes donc moins légitimes, et nous pouvons vite donner l’air de personnes paternalistes et condescendantes.

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  6. Personnellement c’est vrai que l’utilisation de « porc » m’a un peu dérangée, je ne me sentais pas de participer au # malgré les nombreuses anecdotes que j’aurais pu y apporter parce que ça me gêne de parler de ces agressions en « public » ou même d’en parler tout court (mais ça ça ne concerne que moi). Mais c’est vrai que l’expression étant spéciste, j’ai été encore plus réticente à parler de mon expérience. Bien sûr je suis très heureuse que l’on ait de plus en plus d’occasions de parler de nos expériences du sexisme ordinaire mais j’ai du mal avec ces initiatives qui ne font pas dans l’intersectionnalité, et en tant qu’antispéciste (et évidemment féministe) je n’ai pas envie de participer à quelque chose qui lutte contre le sexisme mais qui perpétue le spécisme (et vice-versa). Du coup voilà, je trouve ça un peu dommage sachant qu’il y a d’autres nombreux termes disponibles, et j’ai du mal à me positionner parce que je veux l’émancipation des femmes et la valorisation de leur parole mais je ne veux pas qu’elle se fasse au détriment de la revalorisation de la vie animale.

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    1. J’avoue que j’ai aussi dérangée, mais l’une comme l’autre cela ne nous est pas vraiment venu à l’esprit d’utiliser un propos condescendant envers les victimes qui utilisent ce # sous prétexte qu’elles n’utiliseraient pas les bons mots.
      D’autant plus que nous ne sommes pas concernés par le spécisme, donc il est difficile pour nous de venir dénoncer le spécisme d’un mot, car en soit cela ne nous touche pas et nous sommes moins légitimes à nous indigner.
      Mais il est vrai qu’il faudrait plus parler du spécisme dans le langage et essayer de faire accepter de plus en plus dans les sphères militantes et ailleurs, que l’on peut se passer de mots comme « porc » pour dénoncer des comportements. C’est juste que là ce n’était pas le moment de le dire (surtout de la part de Aymeric Caron qui a déjà tenu des propos sexistes), il aurait sûrement fallu attendre que les choses se calment et soient moins violentes pour les victimes qui venaient juste de témoigner.
      Quand on témoigne d’agression, la première chose que l’on attend c’est du soutien, pas qu’on invalide notre parole parce qu’un mot choisi n’était pas le bon !

      Après c’est vrai que l’antispécisme est encore peu pris en compte dans l’intersectionnalité…

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      1. Oui bien sûr la dessus je suis d’accord ! Par contre pour la légitimité à dénoncer un terme au contraire je trouve que puisqu’on est les seul.e.s à pouvoir en parler (puisque les animaux ne voient pas le specisme, ils le ressentent sans pouvoir le dénoncer), c’est presque notre rôle que de montrer aux autres comment le specisme s’immisce jusque dans leur langage.

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    2. Voilà, j’ai à peu près le même avis.

      Après, je comprends aussi l’argument suivant
      « – Encore une fois, je ne nie pas que le # soit spéciste, et j’estime même que c’est important de parler du spécisme dans le langage. Par contre ce qui me semble intolérable c’est le fait de venir discuter d’un choix de vocabulaire d’une victime, qui n’a pas forcément réfléchit plus que ça à ce #, à l’impact qu’il pouvait avoir car elle était beaucoup plus dans l’émotion (colère ou triste) en témoignant, que dans le raisonnement. Je trouve aussi que venir reprocher le vocabulaire de victime c’est encore une fois délégitimer leur parole. »

      Et en effet, l’idée selon laquelle il serait difficile de reprocher un choix de vocabulaire à une victime sous l’emprise de la colère me semble juste.
      Même si forcément d’un point de vue anti-spéciste, c’est dommage…

      « Après c’est vrai que l’antispécisme est encore peu pris en compte dans l’intersectionnalité…  »
      Oui c’est un peu un problème….

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      1. J’ai changé d’avis depuis sur l’intersectionalité, je n’estime plus que les luttes humaines et antispéciste peuvent être intersectionelles 🙂 J’écrirais peut être un article dessus !

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      2. je pense qu’un article sur ce point précis de l’intersectionnalité serait très intéressant à lire, étant donné que c’est un des grands champs de discussion/réflexion du féminisme.
        (par exemple combien de fois ai-je entendu qu’une certaine partie du féminisme était réservée aux blanches cis, presque « bobo »).

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  7. Merci de ta réponse !

    Pour le premier point, c’était donc une incompréhension de ma part, merci d’avoir reformulé pour moi 🙂

    Pour le second, justement, je déplore le manque de réflexion quant à l’impact du #hashtag sous le coup de la colère/émotion. En effet, avec les dernières affaires mis à jour avec par exemple le producteur hollywoodien, c’était le moment parfait pour faire parler de la cause féministe, et renseigner les gens sur les problèmes de viols ou d’autres agressions sexuelles dans la société. C’est pour cela qu’une plus ample réflexion sur le hashtag aurait dû être faite selon moi. Parler sous la colère ou l’émotion instantanément, c’est le risque d’être maladroit ou pire, de dire de grosses bêtises (étant quelqu’un d’impulsif, je sais à quel point ça dé-sert). Je ne considère pas que la personne qui a lancé le hashtag a fait une bêtise ou que c’est une immonde personne et qu’elle a eu tort de le faire, je déplore juste un manque de réflexion.

    Par contre oui, le ton paternaliste de Carron est très malheureux, surtout quand on parle de féminisme. Je crois que c’est un défaut du véganisme, on a tendance à se sentir supérieur de part les sacrifices que l’on fait et la cause que l’on défend, qui nous biaise et qui nous donne l’impression d’être un exemple de vertue 😦

    Oui oui, tu as tout à fait raison, le harcèlement scolaire n’est pas une oppression systémique, du moins elle ne dure pas toute la vie (car bon, le harcèlement scolaire ça arrive dans quasiment toutes les écoles, c’est donc bien systémique, mais sur une période limitée). Ce que je voulais juste dire par là c’est qu’on est capable de comprendre l’oppression, et que donc dire à quelqu’un de se taire (ce que tu n’as pas fait, du moins pas dans ce que j’ai lu sur ton blog) juste parce qu’il est un homme blanc/cis/hétéro c’est déplorable. Par contre oui, il faut laisser les opprimé.e.s s’exprimer, car ce sont les mieux placer pour décrire LEUR oppression. Par contre un homme racisé et hétéro n’a selon moi pas plus ni moins de légitimité à parler des problèmes d’homosexualité qu’un homme blanc et hétéro, car l’oppression qu’il peut subir est différente de la cause que je viens de citer. (Je ne suis pas sûr que ma dernière phrase soit claire, désolé ^^ »)

    Mais en tant que militante, tu sais très bien que lorsqu’il y a moyen de faire passer ton message et qu’il soit entendu, c’est très tentant d’en profiter, et là c’était le cas, un hashtag qui touche beaucoup de gens, dénoncer le côté spéciste qu’il y a derrière est un moyen de faire réagir les gens. Mais au final je pense que tu as raison, ça risque de couper l’élan de libération de parole des opprimées, et c’est très dommage. Juste que moi, en tant que végan, en voyant un hashtag féministe mais spéciste, je ne vais pas le partager car il véhicule quelque chose de nauséabond en même temps que quelque chose de très positif (la libération de la parole des personnes agressées), et je ne suis sûrement pas le seul à ne pas vouloir le partager pour la même raison 😦

    Juste pour la phrase « Du coup j’estime qu’en tant qu’homme/blanc/cis/hétéro tu peux tout à fait te positionner en tant qu’allié des causes féministes/racistes/transgenres…etc », je ne sais pas si le « tu » était dans le sens général, ou si il me désignait moi, mais si c’est le second cas, alors il y a un des termes qui ne correspond pas à ma condition ^^

    Enfin bref, merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre, c’est très plaisant de débattre avec quelqu’un qui prend le temps d’argumenter, et je vais prendre en compte ton point de vue pour faire évoluer le mien 🙂

    P.S : Désolé si je n’ai pas fait de l’écriture totalement inclusive, je n’ai pas encore trop l’habitude et il m’arrive d’en louper des morceaux ^^ »

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